Association Professionnelle de Solidarité du Tourisme

Actualités

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  • 9 octobre 2019
  • Par APST

La revue de presse économique du 1er au 10 octobre 2019

Lettre économique partenaires APST

Aérien.

Gouvernance d’Air France-KLM : les tensions nationalistes de retour.

La guéguerre entre la France et les Pays-Bas sur la gouvernance du groupe aérien Air France-KLM a repris, le directeur général de l’Agence des participations de l’Etat français (APE) Martin Vial jugeant que les Néerlandais ne peuvent être présents à la fois dans le capital du groupe et dans celui KLM.

On la croyait apaisée en mars dernier, avec la mise en place d’un groupe de travail binational suite à l’entrée surprise de La Haye à hauteur de 14% dans son capital. Mais les négociations n’ont guère progressé et la tension entre les deux pays ne s’est pas calmée, comme le prouve la sortie de Martin Vial (codirecteur du groupe de travail avec Christiaan Rebergen, trésorier général du ministère des Finances néerlandais) : « nous souhaitons une normalisation de la structure capitalistique », explique le directeur général de l’APE dans Le Figaro. Il souligne que si les deux Etats sont égalité dans le capital d’Air France-KLM, les Pays-Bas sont aussi présents dans KLM (5,9%) alors que « « nous ne sommes plus au capital d’Air France ». Une double présence qui crée un « déséquilibre dans la gouvernance » selon Martin Vial, et empêche une gestion « totalement autonome » de KLM par la direction du groupe.

Les Pays-Bas devraient donc « choisir » entre être dans le capital du groupe ou dans celui de KLM, d’autant que dans un groupe international « une filiale ne peut imposer une forme de représentation dans le conseil d’administration de la maison-mère », insiste le directeur de l’APE dans La Tribune. Et de rappeler qui si le groupe a accepté les arguments néerlandais pour entrer au capital d’Air France-KLM (rétablir l’équilibre avec la France et protéger les intérêts nationaux, en particulier de l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol), seul l’hexagone a fait des efforts, prenant « un tournant très important en matière de gouvernance » avec la nomination d’un non-français aux manettes du groupe – le Canadien Benjamin Smith.

Les Pays-Bas doivent donc « se comporter vis-à-vis d’Air France-KLM comme vis-à-vis d’une entreprise cotée normale », ajoute Martin Vial, rappelant que le groupe est désormais véritablement international – avec la présence dans son capital de Delta Air Lines et de China Eastern Airlines.

https://www.air-journal.fr (7/10/2019)

Conjoncture.

La confiance des ménages progresse encore en septembre.

Pour le neuvième mois consécutif, la confiance des ménages français progresse. En septembre, l’indicateur atteignait 104, alors que le consensus s’établissait à 102. En août, l’indice était de 103. Il est à son niveau le plus élevé depuis le mois de janvier 2018. Concernant leur situation financière future, l’Insee indique que le solde d’opinion des ménages progresse encore au-dessus de sa moyenne de longue période, et ce pour le troisième mois consécutif.

Une bonne nouvelle pour la consommation et l’activité française en général : des ménages qui ont confiance dans l’économie vont dépenser davantage que s’ils avaient le moral au plus bas. D’ailleurs, la part des ménages qui estiment opportun d’épargner est en baisse : en septembre, il cède 2 points en restant inférieur à sa moyenne de longue période.

Optimisme sur le chômage

Jusqu’à présent, les Français ont surtout épargné les gains de pouvoir d’achat mis en place par le gouvernement (ils représentent 17 milliards d’euros). Après avoir garni leur bas de laine, les ménages se préparent à consommer plus. L’Insee précise que ces gains ont « tardé à se transmettre à la consommation, l’effet devant s’étaler sur plusieurs trimestres ».

Autres enseignements, la part des ménages considérant que leur niveau de vie passé en France a augmenté progresse en septembre, alors que les craintes concernant l’évolution du chômage sont en baisse, bien au-dessous de la moyenne de long terme.
https://www.journaldeleconomie.fr (30/09/2019)

Économie.

TPE : la trésorerie est le principal souci.

12% des patrons de TPE estiment que la trésorerie de leur entreprise s’est améliorée ces douze derniers mois. C’est peu, surtout pour cet aspect essentiel dans une société, a fortiori une TPE. D’ailleurs, la trésorerie demeure la principale préoccupation pour 43% des chefs d’entreprises, selon le dernier observatoire des TPE d’American Express réalisé pour le compte de BVA. 6 patrons sur 10 déclarent néanmoins que leur trésorerie est restée stable, quand près d’un tiers (27%) indique qu’elle s’est détériorée.

L’observatoire sert à prendre le pouls des dirigeants de TPE, qui sont en première ligne sur le terrain. Pour 58% d’entre eux, la principale difficulté demeure le coût du travail, qui handicape leur activité au quotidien. La fiscalité et les démarches administratives Trop complexes sont un souci pour respectivement 30% et 29% des sondés.

Du recul sur leur entreprise

Les petits patrons sont également nombreux à relever le manque de temps pour prendre du recul sur la situation de leur entreprise (49%). Viennent ensuite… les exigences de leurs clients, qui constituent une préoccupation pour 47% d’entre eux. Trouver de nouveaux clients fait aussi partie des premières priorités pour ces chefs d’entreprises (à 44%).

C’est dans le secteur des technologies de l’information que cette priorité est la plus forte, pour 54% des TPE dans ce domaine d’activité. Les professions libérales (en dehors de la santé) viennent en second avec 51%. En ce qui concerne le recrutement, seuls 9% des patrons ont indiqué vouloir embaucher un ou plusieurs nouveaux collaborateurs dans les douze prochains mois.
https://www.journaldeleconomie.fr (08/10/2019)

Tarifs bancaires : les hausses moins importantes que prévues.

Les banques publient leurs catalogues pour l’année 2020. Et la surprise peut redonner le sourire aux clients, les prix ne devraient pas connaître de fortes augmentations au 1er janvier. Le site MoneyVox a analysé les premières propositions dévoilées, et remarque une constance notamment sur les frais de tenue de compte où les hausses ne devraient pas être spectaculaires.

La Caisse d’Épargne Côte d’Azur note une augmentation de 5% des frais de tenue de compte. Du côté de la Banque Populaire Rives de Paris et de la Caisse d’Épargne Bretagne Pays de la Loire, les tarifs des virements en agence augmentent de 4,5% et 8% dès janvier. Une volonté de limiter le nombre d’opérations réalisées en agence. Ailleurs, c’est surtout dans l’espoir de limiter l’utilisation des chéquiers que les hausses sont plus importantes, notamment Crédit Agricole Champagne Bourgogne. Une tendance qui devrait être suivie par les autres grandes banques françaises qui n’ont pas encore publié les tarifs de l’année prochaine.

Quelques disparités subsistent

Les spécialistes du marché bancaire craignaient une forte hausse en 2020, date de la fin du gel des tarifs bancaires décidés à la fin de l’année 2018. Elle ne devrait pas avoir lieu, MoneyVox souligne notamment que la Société Générale ne prévoit aucun changement des coûts liés à la gestion du compte courant, relève le site spécialisé MoneyVox.

Les inégalités ne sont cependant pas tout à fait réglées. Si le tarif des commissions d’intervention est toujours plafonné à 8 euros, l’Observatoire des tarifs bancaires (OTB) note de « larges dispersions tarifaires pour d’autres frais d’incidents », tout particulièrement les lettres sur compte débiteur étant dans certaines banques gratuites, elles peuvent être facturées jusqu’à 24,40 euros selon les agences.
https://www.journaldeleconomie.fr (07/10/2019)

Ressources Humaines.

Un chômage au plus bas en zone euro Un chômage au plus bas en zone euro.

C’est une bonne nouvelle pour l’ensemble de la zone euro : le taux de chômage pour le mois d’août a été mesuré à 7,4%, un niveau plus faible que ce qu’en attendaient les analystes (7,5%). C’est le niveau le plus bas depuis mai 2008. Dans tous les pays de l’Union européenne, le chômage s’établit à 6,2%. Le recul du chômage dans la zone euro est constant depuis 2016 et son passage est sous le seuil des 10%.

Parmi les bons élèves, la République tchèque, l’Allemagne et Malte sont aux avant-postes avec respectivement 2%, 3,1% et 3,3%. La France, qui affiche un taux de 8,5%, est dans le milieu du classement. C’est en Grèce où le taux de chômage est le plus important avec 17%, suivie par l’Espagne avec 13,8% et l’Italie (9,5%).

Les bons élèves

Le chômage chez les jeunes recule franchement d’une année sur l’autre, avec 15,4% en zone euro contre 16,8% en août 2018. Il recule également dans l’ensemble des pays de l’Union : 15,1% il y a un an, 14,2% en août dernier. Le taux de chômage revient de loin sur le vieux continent.

En 2013, alors que l’Union européenne essuie les conséquences de la crise financière, le taux de chômage était de 12,1% en zone euro durant les mois d’avril, de mai et de juin. Le niveau enregistré au mois d’août est d’autant plus encourageant pour les pays ayant l’euro comme monnaie commune, alors que les incertitudes économiques pèsent de plus en plus lourd
https://www.journaldeleconomie.fr (01/10/19)

Tourisme.

L’Arabie saoudite va délivrer ses premiers visas touristiques.

L’Arabie saoudite a annoncé vendredi qu’elle allait délivrer pour la première fois de visas de tourisme, ouvrant ses portes aux vacanciers dans le but de diversifier ses ressources, pour l’heure complètement dépendantes du pétrole. Jusqu’à présent, le royaume ultraconservateur ne délivrait de visas qu’aux pèlerins, aux expatriés et, depuis peu, aux spectateurs de rencontres sportives ou d’événements culturels.

Le développement du tourisme est l’un des principaux axes du programme de réforme «Vision 2030» du prince héritier Mohammed ben Salmane, qui vise à préparer la plus grande économie arabe à une ère post-pétrolière. Cette annonce intervient à peine deux semaines après des attaques dévastatrices contre plusieurs infrastructures pétrolières saoudiennes, imputées par Washington à l’Iran et qui ont ébranlé les marchés énergétiques mondiaux.

«Ouvrir l’Arabie saoudite aux touristes internationaux est un moment historique pour notre pays», a déclaré Ahmed al-Khateeb, directeur du tourisme, dans un communiqué. «Les visiteurs seront surpris de découvrir les trésors que nous avons à partager: cinq sites classés au patrimoine mondial de l’Unesco, une culture locale vibrante et des beautés naturelles à couper le souffle».

Les visiteuses devront porter «des vêtements pudiques»

L’Arabie saoudite va offrir en ligne des visas de tourisme aux citoyens de 49 pays, selon Bloomberg News, qui cite Ahmed al-Khateeb. Ce dernier a précisé que le royaume allait assouplir le code vestimentaire pour les femmes étrangères et leur permettra de se promener sans porter l’abaya, la robe traditionnelle obligatoire en public pour les Saoudiennes. Toutefois, les visiteuses étrangères devront porter «des vêtements pudiques», a-t-il ajouté.

L’austère royaume, qui interdit l’alcool et où les normes sociales sont très strictes, n’est généralement pas considéré comme une destination très «vendeuse» pour le tourisme. Mais le prince Mohammed ben Salmane veut changer cette perception et a déjà insufflé plusieurs réformes libérales qui ont permis l’ouverture de cinémas et l’organisation de concerts ou d’événements sportifs dans le pays.

Le royaume avait déjà pris une précédente mesure d’ouverture début août en permettant aux femmes de plus de 21 ans d’obtenir un passeport et de voyager à l’étranger sans la permission d’un «gardien» mâle. Et les Saoudiennes avaient déjà obtenu le droit de conduire une voiture en juin 2018, avancée majeure dans le pays.

Les critiques internationales sur le non respect des droits de l’Homme dans le royaume, et notamment le meurtre sanglant l’an passé du journaliste Jamal Khashoggi, pourraient toutefois refroidir les touristes étrangers, craignent des experts.

Longtemps, l’Arabie saoudite n’a émis des visas que pour les travailleurs expatriés et leurs familles, ainsi que pour les pèlerins musulmans voyageant vers les sites sacrés de La Mecque et Médine. Elle a commencé l’an dernier à délivrer des visas pour les spectateurs de rencontres sportives ou de concerts dans le but, déjà, de commencer à développer le secteur du tourisme.

Le gouvernement, qui doit faire face à des prix du pétrole assez bas, espère que le tourisme va se développer et représentera 10% du produit intérieur brut saoudien à l’horizon 2030.L’Arabie saoudite a ainsi dépensé des milliards de dollars pour tenter de bâtir une industrie touristique à partir de zéro.

En 2017, le royaume a annoncé un projet de plusieurs milliards de dollars pour transformer 50 îles et autres sites vierges de la mer Rouge en stations balnéaires de luxe. Le pays développe également des sites archéologiques comme Madain Saleh, qui abrite des tombes en grès de la même civilisation que celle qui a construit la célèbre cité antique jordanienne de Petra.
http://premium.lefigaro.fr (30/09/2019)

La faillite de Thomas Cook provoque 500 fermetures d’hôtels en Espagne.

La faillite du tour-opérateur anglais Thomas Cook ressemble à une bombe à fragmentation pour le secteur du tourisme. La semaine passée, elle a laissé en rade des centaines de milliers de voyageurs dans les hôtels et aéroports du monde entier.

Cette semaine, elle provoque la défaillance de centaines d’hôtels. En Espagne, 500 établissements vont devoir fermer « immédiatement », selon le patron de la confédération des hôtels et des logements touristiques. Thomas Cook assurait à lui seul le remplissage d’une centaine d’entre eux. Et de 30 % à 70 % pour les 400 autres.

Liquidée le 23 septembre en Grande-Bretagne, la maison mère Thomas Cook a entraîné dans sa chute toutes ses filiales implantées dans les principaux marchés touristiques. Deuxième tour-opérateur en Espagne, le géant britannique était devenu incontournable, surtout aux Canaries et aux Baléares (notre photo). En 2018, ses compagnies aériennes ont acheminé 7,3 millions de touristes dans le pays, soit près de 9 % du nombre total de visiteurs. À Fuerteventura, un hôtel va se retrouver avec 700 chambres vides à partir du 7 octobre. Son propriétaire avait récemment dépensé 20 millions d’euros en rénovation. Selon Peter Fankauser, PDG de Thomas Cook, des hôteliers espagnols avaient accepté, en dernière minute, d’injecter des fonds afin d’éviter un drame. Ils savaient qu’ils seraient la première victime collatérale. À terre, Thomas Cook leur laisse au moins 200 millions d’euros d’impayés.
http://premium.lefigaro.fr 30/09/2019

Tourisme en Islande : «Il y a vingt ans, c’était complètement différent ici».

Les bus rouges de touristes encombrent le centre-ville de Reykjavík alors que la station à selfies devant l’église Hallgrímskirkja, la plus grande attraction de la ville, ne désemplit pas et prend photo sur photo. Les installations touristiques sont très visibles dans la capitale islandaise. Par beau temps ou sous la pluie, les vacanciers sont nombreux dans la ville de 130  000 habitants, et dans le reste du pays, qui connaît depuis 2010 une hausse exponentielle du nombre de visiteurs. Il accueillait en 2017 plus de 2 millions d’étrangers venus principalement des Etats-Unis, d’Europe et de Chine, contre 494  800 en 2010.

Un développement inattendu pour les autorités comme pour la population, même si les circonstances ont favorisé cette croissance. La dévaluation de la couronne islandaise en 2008 a fait baisser le coût de la vie sur place et l’éruption du volcan Eyjafjallajökull en 2010 a placé l’Islande tout d’un coup au cœur de l’actualité internationale pendant plusieurs semaines, révélant au monde son côté «île aux merveilles naturelles».

La hausse extraordinaire du tourisme a permis à l’Islande de se remettre du krach de 2008. Lors de la crise des subprimes, le pays n’est pas passé loin de la banqueroute. Le secteur bancaire, principal pilier de l’économie, s’est effondré, entraînant une dévaluation de la couronne islandaise (qui a perdu 50 % de sa valeur face à l’euro ­entre janvier et octobre 2008), une hausse du chômage – auparavant inconnu ici – et une crise politique sans précédent. Le tourisme a fortement contribué au retour de la couronne islandaise à son niveau initial, le secteur participe actuellement à hauteur de 8 % du PIB. Créant ainsi des emplois, des revenus en monnaies étrangères et des taxes. Et en transformant le pays.

Le ciel de la capitale est toujours criblé de grues de construction, alors que de nombreux bâtiments gris ont vu le jour, rendant encore plus vives, par contraste, les couleurs des maisons traditionnelles. Simple escale entre deux vols, étape des croisières touristiques sur la route des Vikings ou point de départ ou d’arrivée, Reykjavík est une ville de passage pour les touristes. Elle a donc dû s’adapter. Sur le pas de sa porte rue Kárastígur, Eriker montre du doigt la colline dominée par l’église Hallgrímskirkja. «Il y a vingt ans, c’était complètement différent ici. La ville était vraiment triste et personne ne voulait y vivre. Les restaurants n’avaient pas assez de clients», se rappelle-t-il. Aujourd’hui, on n’a que l’embarras du choix. Autour de la place Ingolfstorg, en plein centre, des restaurants de poisson, de pizzas, de burgers et des kiosques de hot-dogs – les restaurateurs se sont adaptés à la demande de diversité des menus. Ils profitent également de la désertion de McDonald’s en 2009, quand le coût des importations est devenu trop élevé.
Mais malgré ces avantages non négligeables, les Islandais connaissent depuis 2014-2015, le revers de la médaille. Avec l’explosion du tourisme, les loyers ont très fortement augmenté dans le centre-ville. Alors qu’entre 2009 et 2011, les foyers dépensaient en moyenne 843 000 couronnes islandaises (6 100 euros) par an dans leur loyer, entre 2013 et 2016, cette somme montait à 1 338 400 couronnes (9 700 euros), d’après des données de Iceland Statistics. Une hausse provoquée par le développement des locations Airbnb ainsi que la spéculation sur les logements et qui a entraîné le déplacement des Reykjavikois en périphérie de la ville. De plus, «les emplois créés par la croissance exponentielle du tourisme sont à faible revenu, comme les femmes de chambre ou le personnel de la restauration, et mobilisent principalement des travailleurs étrangers. Le secteur de la construction compte dans ses effectifs 50 % de travailleurs étrangers, dont beaucoup de Polonais et de ressortissants des pays Baltes», détaille Gylfi Magnússon, professeur d’économie à l’université d’Islande et ancien ministre de l’Economie.

Autre paradoxe : alors que les locaux reconnaissent les bienfaits du tourisme pour l’économie, ils se plaignent de plus en plus de ses effets sur le centre-ville. La rue Skólavördustígur est l’attraction touristique de Reykjavík. Une montée peinte aux couleurs du drapeau LGBT, une dizaine de magasins de souvenirs sur 500 mètres et tout en haut, l’église Hallgrímskirkja. Grise, moderne et surplombant la capitale, elle attire de nombreux touristes qui envahissent les rues historiques des alentours. Dans ces quartiers, tous les voisins se connaissaient, mais l’afflux massif des touristes a fait fuir une grande partie des résidents en banlieue, tandis que porte-clés, chopes de Vikings et pulls en laine traditionnels ont remplacé les vêtements et les instruments de musique dans les vitrines.

Fréquentation excessive

Le sentiment d’envahissement est renforcé par le fait que le tourisme saisonnier n’existe plus. Les visiteurs sont presque aussi nombreux l’été que l’hiver. «On n’aurait jamais pu imaginer que les vacanciers viendraient aussi l’hiver. Certaines choses sont tellement familières pour nous, que nous peinons à comprendre leur valeur, comme les aurores boréales par exemple, explique Skarphedinn Berg Steinarsson, directeur de l’Office du tourisme islandais. Le problème c’est que la nature islandaise est capable de supporter l’afflux des visiteurs l’été. Mais les sols qui dégèlent durant le printemps deviennent boueux et ont besoin de temps pour se réparer.» L’exemple le plus récent est le canyon Fjadrárgljufur, fermé pendant trois mois au printemps, à cause du passage des visiteurs hors des sentiers, alors boueux car non goudronnés. Le développement du tourisme a donc nécessité de nombreux ajustements : «Dans les régions rurales, on avait besoin de routes pour remplacer les chemins en terre, de plateformes pour que les touristes puissent accéder aux sites ou encore de barrières pour protéger les lieux», explique Gylfi Magnússon.

Mais le gouvernement reste réticent à développer ces infrastructures dans certaines régions, craignant de causer des dommages irréversibles à la nature en facilitant l’accès à des lieux qui étaient isolés jusqu’à présent. En cinq ans, près de 200 chambres d’hôtels ont vu le jour près du lac Myvatn, dans le nord du pays. La construction de ces hôtels, annoncés «verts», a grandement endommagé l’écosystème de la région à cause de problèmes dans les systèmes d’évacuation des eaux usées, mal entretenus et peu surveillés par les autorités.

Avec les réseaux sociaux, un site peut devenir célèbre en un clin d’œil : tout le monde veut accéder aux endroits immortalisés sur Instagram ou Twitter. Le sud du pays est particulièrement touché par ce phénomène ; 81% des touristes s’y sont rendus cet été, contre 38% dans le nord-est. Le «cercle d’or», dans le sud-ouest du pays, une destination privilégiée, regroupe les trois sites les plus visités . Les étrangers se pressent sur les chemins du parc régional de Þingvellir afin d’admirer l’Althing, le premier Parlement islandais. La chute de Gullfoss, aussi appelée la Chute d’Or, est l’une des plus belles cascades d’Islande. Enfin, Geysir, dans la vallée de Haukadalur, a donné son nom au phénomène des geysers. On vient y admirer ses rares propulsions d’eau bouillante jusqu’à 70 mètres de haut. Près des deux tiers des touristes étrangers se rendent sur ces sites tous les ans, soit environ 1,5 million de personnes en 2017. Cette fréquentation excessive inquiète les autorités, par souci de la nature, mais aussi de l’économie. Dans un rapport publié en mai 2018, le ministère du Tourisme, de l’Industrie et de l’Innovation relevait une détérioration des chemins de randonnée, une érosion des sols et une dégradation de la végétation. Skarphedinn Berg Steinarsson le sait, «si ces lieux sont abîmés, l’Islande ne pourra plus recevoir de touristes. Notre principale inquiétude est de protéger la nature».

«Economie plus résiliente»

La pause procurée par une baisse de la croissance du tourisme est donc la bienvenue. Sur la période août 2018-juillet 2019, le nombre de visiteurs s’est élevé à 2,14 millions, soit une baisse de 5,1 % par rapport à l’année précédente à la même période. Une diminution expliquée en partie par le retour d’une monnaie forte, la prise de conscience écologique mais aussi par la faillite en mars de la compagnie aérienne islandaise WOW Air.

Mais si cette réduction se confirme, certains hôtels et restaurants pourraient avoir des raisons de s’inquiéter. Pourtant Gunnar Thór Jóhannesson assure que le choc de 2008 ne devrait pas se reproduire pour le tourisme : «L’économie est plus résiliente qu’il y a dix ans. A court terme, cette baisse va sans doute l’affecter puisque le tourisme est devenu un pilier économique. Des entreprises vont certainement disparaître mais cela va renforcer le professionnalisme du secteur.» Finalement, l’Islande n’était tout simplement pas prête à recevoir autant de monde. «Les autorités n’avaient jamais investi dans le développement du tourisme, dit le professeur. Si elles avaient mis en place un vrai agenda politique dès les années 90, on serait dans une meilleure situation. Aujourd’hui, on regarde ce que l’on aurait dû faire, mais c’est trop tard.»

En 2015, le gouvernement a finalement créé un groupe de travail réunissant des ministères, des acteurs du tourisme et des représentants municipaux, pour coordonner l’action et la politique touristiques. Il doit fournir des conclusions en 2020 afin de développer une stratégie globale permettant de garantir le tourisme tout en protégeant les trésors naturels islandais.
https://www.liberation.fr (05/10/19)

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